Vous regardez votre myrtillier et ses feuilles virent au rouge. Avant de vous inquiéter ou d’intervenir, posez-vous une question simple : en quelle saison sommes-nous ? La réponse change tout. Ce rougissement peut être parfaitement normal ou, au contraire, le signe d’un déséquilibre que la plante cherche à vous signaler.
En automne : un phénomène naturel et spectaculaire
Si vos feuilles rougissent à partir de la fin du mois d’août ou en septembre, vous n’avez aucune raison de vous alarmer. Le myrtillier est un arbuste à feuillage caduc, ce qui signifie qu’il perd ses feuilles chaque hiver. Avant de les lâcher, il les transforme en une palette de teintes rouges, orangées et pourpres remarquables, comparables à celles du liquidambar ou du érable japonais.
Ce phénomène résulte d’une mécanique simple : à mesure que les températures baissent et que la durée du jour raccourcit, la production de chlorophylle ralentit puis s’arrête. La chlorophylle, responsable de la couleur verte des feuilles, se dégrade et laisse place aux anthocyanes, des pigments naturellement présents dans les cellules qui donnent ces couleurs chaudes. Chez le myrtillier, la production d’anthocyanes est particulièrement importante, ce qui explique l’intensité des teintes automnales.
Si le rougissement intervient en automne sur un plant qui a poussé normalement, produit ses fruits et n’a pas montré de signes particuliers pendant la saison, vous pouvez profiter du spectacle sans intervenir.
Au printemps ou en été : un signal à prendre au sérieux
Un rougissement qui apparaît hors saison, en pleine période de croissance, raconte une autre histoire. Le myrtillier est une plante exigeante sur ses conditions de culture, notamment sur l’acidité du sol, et le moindre déséquilibre se lit rapidement sur son feuillage.
Un sol trop peu acide : la cause principale
Le myrtillier exige un pH de sol compris entre 4,5 et 5,5. C’est la condition indispensable à son bon fonctionnement racinaire. Dans ce créneau d’acidité, les racines captent normalement le fer, le magnésium, le phosphore et l’azote dont la plante a besoin. Si le pH remonte au-dessus de 6, et a fortiori au-dessus de 7 comme dans beaucoup de terres de jardin calcaires, les minéraux restent présents dans le sol mais deviennent chimiquement inaccessibles aux racines. C’est ce qu’on appelle une carence induite.
Le rougissement du feuillage, souvent accompagné d’un retard de croissance, est l’un des premiers symptômes visibles de ce déséquilibre. Les feuilles les plus anciennes rougissent en premier, car la plante les sacrifie pour préserver les jeunes pousses. Si vous arrosez avec de l’eau du robinet calcaire, vous aggravez progressivement ce phénomène même si votre terre de plantation était correcte au départ.
Pour diagnostiquer le problème, utilisez un testeur de pH de sol, disponible en jardinerie pour une dizaine d’euros. Si le résultat est supérieur à 6, vous avez votre réponse. La correction se fait par un apport de soufre horticole incorporé dans la terre, ou par des arrosages réguliers à l’eau de pluie ou acidifiée (quelques millilitres de vinaigre blanc par litre). L’effet n’est pas immédiat : comptez plusieurs semaines avant que le sol retrouve un pH favorable et que le feuillage recommence à verdir.

Un stress hydrique
La sécheresse peut aussi déclencher un rougissement du feuillage, en particulier lors des étés chauds et secs. Privé d’eau, le myrtillier réduit sa production de chlorophylle et les anthocyanes prennent le dessus. À l’inverse, un excès d’eau dans un sol lourd et mal drainé asphyxie les racines et produit les mêmes symptômes par un mécanisme différent : les racines noyées ne fonctionnent plus et la plante ne peut plus absorber les nutriments dont elle a besoin.
Observez la terre au pied de votre plant : est-elle sèche et dure, ou au contraire détrempée et collante ? Un arrosage adapté à l’état du sol, avec de préférence de l’eau de pluie, résout généralement le problème en quelques jours si la cause est uniquement hydrique.
Un choc thermique au printemps
Un rougissement précoce au tout début du printemps, sur les jeunes pousses qui viennent de sortir, peut être le signe d’un stress causé par une gelée tardive ou une nuit trop froide. Le myrtillier peut brunir ou rougir légèrement après un gel printanier, mais la reprise se fait généralement sans intervention si les températures restent positives les semaines suivantes.
Une carence en phosphore ou en magnésium
Si le pH est correct mais que les feuilles rougissent quand même, une carence spécifique en phosphore ou en magnésium peut être en cause. Ces deux éléments jouent un rôle clé dans la photosynthèse et le transport des sucres dans la plante.
La carence en phosphore donne des teintes violacées ou rougeâtres sur l’ensemble du limbe, souvent accompagnées d’un léger retard de croissance. La carence en magnésium, elle, présente un profil différent : les nervures restent vertes tandis que le tissu entre elles se décolore, un motif que l’on appelle chlorose internervaire, qui peut évoluer vers des teintes rouges ou jaunes selon l’avancement.
Dans les deux cas, un apport d’engrais spécial plantes de terre de bruyère, formulé pour les sols acides, corrige souvent la situation en quelques semaines. Pour la carence en magnésium, une pulvérisation foliaire de sulfate de magnésium dilué à 2 % agit plus vite qu’un apport au sol.

Les maladies fongiques : un rougissement particulier
Plus rarement, un rougissement prématuré du feuillage peut être associé à une maladie fongique. Le chancre de la tige, causé par un champignon qui colonise les tiges et s’y propage, peut provoquer un rougissement localisé des feuilles situées au-dessus des zones infectées, bien avant l’automne. Si vous observez en même temps des taches sombres ou des zones nécrosées sur les rameaux, des fissures dans l’écorce ou un dessèchement progressif de certaines branches, ce scénario mérite d’être envisagé.
Ce type d’infection fongique se développe plus facilement dans les sols gorgés d’eau ou chez les plants affaiblis par un excès d’engrais azoté. En prévention, un traitement à la bouillie bordelaise au printemps, avant le débourrement, et à l’automne après la chute des feuilles, limite les risques. Les branches atteintes doivent être taillées jusqu’au bois sain et les outils désinfectés entre chaque coupe pour éviter la propagation.